Concernant l’homéopathie, il y a des « bruits » qui courent, sorte de rumeur sans cesse réalimentée, dont la clientèle est particulièrement friande et qui, comme tous les « bruits », représentent des informations parfois partiellement justes mais considérablement déformées ou amplifiées par le temps.

Les granules sous la langue ?

Cette recommandation correspond à la volonté de faire passer le principe actif du médicament homéopathique directement dans le sang, en lui évitant le passage dans le tube digestif et le passage par la foie. En effet, le  passage dans l’estomac qui sécrète physiologiquement un liquide très acide est redoutable pour beaucoup de médicaments qui doivent être protégés contre cette acidité. Quant au foie, un de ses rôles est précisément de contribuer, très activement, à l’élimination des produits étrangers à l’organisme. L’absorption sublinguale (sous la langue) est donc le meilleur moyen pour protéger le médicament. Cependant, l’expérience clinique montre l’efficacité de la thérapeutique homéopathique même lorsque le médicament est avalé. Et dans le cas des jeunes enfants, la prise des granules dissous dans un fond de biberon donne d’excellents résultats. Ajoutons qu’en médecin vétérinaire, le médicament est généralement mélangé à la nourriture sans que les résultats soient, apparemment, diminués. Il est heureux qu’il en soit ainsi, car on imagine mal nos confrères vétérinaires faisant prendre, en sublinguale, un granule à chaque poulet d’un élevage !

La menthe

C’est la question la plus souvent posée. En effet, depuis les origines de l’homéopathie, la menthe est proscrite durant les traitements homéopathiques. Cette interdiction remonte en effet à Hahnemann lui-même qui la cite, dans son Traité des maladies chroniques de 1830. au milieu d’une longue liste où Ton retrouve : les produits de parfumerie, les eaux de senteur, les infusions aromatiques, l’anis confit, les tablettes pectorales, les liqueurs, les chocolats aromatisés, les électuaires, les poudres et teintures dentifrices… ! Mais, curieusement, dans la sixième et dernière édition de son livre majeur, L’Organon de l’art de guérir, écrit en 1842, on trouve une liste analogue où la menthe n est pas citée mais où, à côté de certains produits, sont interdites des pratiques comme : « le contact des vêtements en laine de mouton sur la peau, un mode de vie sédentaire dans un air vicié, l’allaitement excessif, la vie nocturne, la malpropreté, les plaisirs contre nature, l’excitation due aux lectures erotiques, l’onanisme ou l’acte charnel incomplet… ».

Il est difficile de savoir pourquoi la menthe a frappé l’imagination po-
pulaire au point d’être la seule à conserver son statut de substance interdite. Quoi qu’il en soit, toutes ces prescriptions d’Hahnemann rentraient dans le cadre, logique pour l’époque, de conseils d’hygiène de vie et d’hygiène alimentaire d’une part et, d’autre part, d’obligations d’éviter l’interférence avec d’autres produits censés
être thérapeutiques. On sait, maintenant, que la menthe a plutôt des vertus bénéfiques et les expériences pratiquées sur le cobaye au laboratoire du professeur P. Bastide à la faculté de pharmacie de Montpellier semblent bien montrer l’absence d’influence de la menthe sur les traitements homéopathiques… tout au moins sur l’animal ! En conclusion, nous dirons qu’il faut considérer cet interdit avec un certain humour. Que nos patients ne soient point terrorisés si d’aventure ils avalent une tasse d’infusion de menthe pendant leur traitement car, selon notre expérience clinique, cette substance n’a aucune interférence avec l’activité de nos remèdes.

Ne pas toucher les granules avec les doigts

Cette interdiction a, également, la vie dure. Peut-être parce qu elle renvoie à la grande question de la nature du médicament homéopathique. En effet, ces quantités si petites qu’on ne peut pas les doser, ne seraient-elles pas d’une grande fragilité ? Ne seraient-elles pas (qui sait ?) « immatérielles » ? En conséquence, la moindre manipulation ne serait-elle pas susceptible d’en altérer la structure et donc l’efficacité ? Il faut sur ce point être très net. D’une part, le médicament homéopathique est une réalité matérielle, même si la science actuelle ne peut pas en déterminer la nature. D’autre part, la structure des granules homéopathiques est telle qu’ils sont imprégnés du principe actif jusqu’au centre. On peut donc sans risques les manipuler avec les doigts, et les ramasser si d’aventure ils venaient à tomber du tube.

Prise des granules loin des repas ?

Il est traditionnel de recommander de prendre les granules loin des repas, idéalement entre 30 minutes et 1 heure avant ou après, au pire
10 minutes si on ne peut pas faire autrement. Dans la pratique, cette
recommandation s’avère quasi impossible à suivre, notamment pour
les enfants. A la réflexion, on ne trouve aucun argument convaincant pour justifier ce principe. J’ajoute qu’une vie de pratique quotidienne avec mes clients m’a démontré que les remèdes homéopathiques sont aussi efficaces, quel que soit le moment de la prise.

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